Aden-Le Monde
A propos de"Les trois rêves de monsieur Scroodge"
Monsieur Scroodge est un vieil homme avare et dur, qui fait trimer sans scrupules son pauvre neveu chargé de famille. Jusqu'à ce qu'il reçoive la visite inattendue d'un fantôme, le soir de Noël...
Une libre adaptation du conte Christmas Carol de Charles Dickens :
telle est la nouvelle proposition de la très prolifique et généreuse compagnie La Fabrique des arts d'à côté (laquelle nous a récemment offert le jubilant Mais pourquoi rentres-tu si tard ?).
Leur nouveau spectacle, d'un style tout différent puisqu'il fait appel aux masques et aux marionnettes, procure pourtant le même plaisir :
est-ce le charme persistant de Dickens, le talent comique des deux comédiens, la critique sociale et l'humour distancié du texte ?
A moins que ce ne soit l'ensemble ?
Oriane Charpentier
« ADEN Le Monde 02.12.03 »
Au théâtre Clavel, Alain Blanchard présente un spectacle qui traite de l'improvisation... sans improviser. "L'improvisation ouvre toute la question
de la liberté", explique le metteur en scène.
Mais pourquoi rentres-tu si tard ?
En tout et pour tout, pour jouer cette pièce, il faut trois chaises. Trois chaises, et trois comédiens dessus (Karine Fauchereau, Stéphane Miquel, Juliette Prillard).
Des comédiens venus donner une petite conférence sur le théâtre, et qui enchaînent sous nos yeux les séquences d'improvisation, comme s'ils étaient au premier jour de l'école, à apprendre leurs gammes. Au fil des scènes - de rires, de larmes, de ruptures et de rencontres -, c'est un vrai spectacle qui se joue.
Un spectacle insolite, drôle comme la vie, triste comme la vie, et dont on ressort avec l'impression d'être un peu plus riche. Parce qu'il aborde en mots simples des choses compliquées. Parce qu'il s'adresse à tous les âges et que chacun peut y trouver ce qu'il cherche. Et qu'il parvient à parler du métier de comédien (et d'intermittent) comme on en parle peu, sur scène. Au final, ces saynètes apparemment décousues prennent sens, tissent ensemble une histoire : celle d'un apprenti qui devient un acteur.
Alain Blanchard, qui l'a conçu, a puisé dans sa propre expérience d'ancien élève de l'école Jacques Lecoq... en travaillant avec des jeunes comédiens,
eux-mêmes fraîchement sortis de cette même formation, au sein de la compagnie La Fabrique des arts d'à côté, qu'il a fondée il y quatre ans.
"Dans cette école, on a tous été formés à un théâtre de création.
Présenter cette conférence, c'était donc un moyen de répondre à la question ''Mais où allez-vous chercher tout ça ?'' La deuxième raison, c'est que j'ai été amené, depuis une quinzaine d'années, à donner des cours de théâtre dans le cadre de stages ou d'ateliers. Et ce qui me restait, au final, de ces rencontres, c'était la frustration de ne pouvoir dépasser le stade de l'initiation.
" Quant à la troisième raison, il la résume en une phrase : "C'est comme ça que je travaille... Quand j'étais petit, ajoute-t-il, lorsqu'on me donnait un jouet, je le cassais pour voir ce qu'il y avait dedans. Là, c'est pareil : on montre le processus, au risque de le démythifier. Et, finalement, le mystère reste entier." On voit donc trois comédiens se confronter à trois exercices différents :
le jeu du "Oui", ou comment apprendre à être constructif ;
le "Ça y est", où l'on s'essaie à inventer le passé de son personnage au moment où il entre
en scène ;
et "Le Noir et Blanc", qui expérimente les situations d'opposition entre deux personnes. "Beaucoup de mes créations sont la combinaison de ces trois éléments, explique Alain Blanchard.
Je n'en finis pas de découvrir les lignes de force théâtrales qui les sous-tendent. Dans une improvisation, les règles du jeu vous amènent dans une zone où vous ne choisissez pas : improviser, c'est réagir là où l'on n'avait rien prévu. C'est un sujet passionnant : il ouvre toute la question de la liberté.
Cette conférence, c'est un peu l'histoire de la contrainte qui libère
.
" Le paradoxe du spectacle, c'est de traiter de l'improvisation, sans improviser : tout est écrit. Mais tout a été vécu : "Au début, on voit l'un des personnages ne pas réussir à dire : ''Oui''. Je connais tous ces écueils : le refus de jeu, la confusion. Je les ai vus, ou connus. Cela arrive : les premiers temps, à l'école de théâtre, on vit dans un autre monde. Tout ce que l'on savait de la vie se trouve bouleversé. Parce que, même s'il existe des valeurs collectives dans notre société, et Dieu merci il y en a, on évolue dans un monde ultra-individualiste. Au théâtre, on ne peut pas se permettre cela, sinon on passe à côté. C'est l'idée que, quand je monte sur une scène, ce n'est pas moi qui compte, mais l'autre.
A condition que ce soit réciproque : comme en amour, en fait."
Orianne Charpentier
Le Monde
A propos du "Cirque à quatre mains"
Succession surprenante et décalée, délicieuse et drôle, que cette suite de créatures nées d'un geste, et rendues vivantes au point qu'on ne voit plus qu'elles - au lieu des mains qui les représentent.
« Cela vient d'une tradition nordique, celle du théâtre sur table, précise Alain Blanchard, le metteur en scène. Une conteuse raconte une histoire et la mime avec ses mains. On a repris ce principe, adapté à un public très jeune. Il fallait pour cela des comédiens qui sachent projeter le jeu ailleurs que dans la voix
ou le texte, qui aient une expérience de la marionnette et de ce qu'on appelle
le jeu masqué.
On est en quête d'un théâtre simple, efficace, artistique, qui s'adresse à tous et qui décloisonne toutes les disciplines et tous les publics... Plus c'est simple, plus le pouvoir d'évocation est fort, ainsi, ce sont les spectateurs qui font le spectacle. »
Oriane Charpentier
Libération
A propos de "Bilan sur la maîtrise du poste"
Marionnettes.
Grandeurs et misères d'un pantin DRH.
Au fil des échelons Les spectacles de marionnettes ne sont pas l’apanage
du jeune public. En prenant pour cadre les relations au sein du monde du travail, toujours d’actualité, la dernière création concoctée sur un mode satirique par La Fabrique des Arts d’à côté s’adresse résolument à un public
d’adultes (et d’ados).
Le Bilan sur la maîtrise du poste est un collage de textes de Rémi de Vos, judicieusement mis en marionnettes par la jeune Jessy Caillat, fraîchement sortie de l’Ecole supérieure nationale des arts de la marionnette de
Charleville-Mézières (Esnam), après s’être formée chez Alain Recoing,
qui l’accueille aujourd’hui dans son minuscule théâtre parisien.
Court (à peine une heure), séduisant, autant par la forme modeste, que par l’insolence et la dérision du propos, le spectacle relate l’ascension professionnelle de Jean-Louis, jusqu’à sa chute.
Employé modeste, celui-ci s’efforce de gravir les échelons, rongé par la peur,
le doute et les compromissions.
Propulsé directeur des ressources humaines, Jean-Louis assumera cependant sans compassion et avec un zèle désopilant le “sale boulot” de sa fonction.
L’intime relation que se noue entre l’émouvante marionnette de Jean-Louis au regard insondable, et sa manipulatrice, qui éprouve un plaisir palpable à tirer les ficelles, dévoilant au passage ses talents de comédienne, illustre ici avec force le jeu de dupes entre l’employé animé de vaines illusions et les “hautes spères” de l’entreprise.
Mais cette fois, c’est pour rire.
Marc LAUMONIER
A propos du "Cirque à quatre mains"
Jeux de mains, jeux de malins
On peut le dire, c'est un spectacle manuel !
Tout simplement parce qu'il se joue, comme l'indique son titre, Cirque à quatre mains, avec vingt doigts. Et aussi deux voix, quatre bras, deux têtes et quelques mini-accessoires!
Ces «contes sur la table » offrent au public une jolie démonstration de théâtre gestuel extrême.
Comme nous l'indiquent Manolo et Manola, au début du spectacle,
« il est très important de savoir se servir de ses mains ».
Alors, entre contes, comptines et jeux de mains, nos deux manipulateurs ne cessent d'en apporter la preuve à travers une suite de sketches et
d'aventures rocambolesques, inspirés de numéros de cirque et de récits traditionnels qu'ils connaissent sur le bout des doigts.
C'est rythmé au métronome et aussi bien bruité qu'un Tex Avery.
Les « zip, zip, zip » et autres « bip, bip » ponctuent aussi bien la chute des feuilles d'automne que les aventures de Pierre et du Petit Chaperon rouge
avec le loup.
Ca paye! Et même rubis sur l'ongle, car le pari est largement tenu.
Claire DEROIN
Télérama
A propos du "Cirque à quatre mains"
Micro-spectacle sur table avec deux comédiens dont les mains nues tiennent lieu de marionnettes dans des sketches très courts.
On passe du suspense, avec des histoires de loup et de moutons,
à la poésie du cirque où les mains deviennent acrobates dans un décor tout illuminé de rêve.
Beaucoup de charme.
Henriette BICHONNIER
A propos de "Bilan sur la maîtrise du poste"
TT BILAN SUR LA MAITRISE DU POSTE
La marionnette aujourd'hui se frotte au réel et découvre les lois de l'entreprise. Un petit bonhomme tout de gris vêtu se cogne à un mur d'attaché-case,
où il établit ses quartiers. Il se goberge, ce pantin, il esquisse un pas de
danse, quand il se voit appeler à de hautes fonctions (DRH)…
En changeant de cravate, ce Faust moderne et dérisoire signe un pacte
avec le diable.
Une réflexion acide sur le travail, D'après Rémi de Vos, par
Fabrique des Arts ...d'à côté .
M. Br
Figaroscope
A
propos de "Les trois rêves de monsieur Scroodge"
Les trois coups sont frappés, nous sommes au théâtre, un théâtre populaire bâti avec les moyens du bord : un rideau rouge tenu par des épingles,
deux cintres supportant vieux costumes et masques, une table ordinaire.
Dans ce théâtre de fortune, deux acteurs, une jeune femme et son compère, nous embarquent, sur quelques accords de guitare, au coeur d'un mélodrame inspiré librement d'un roman de Dickens.
Sous nos yeux, ils quittent leur tenue de ville et entrent dans la peau de
deux misérables personnages : M. Scroodge, avare au teint cireux qui fête chichement son 82e anniversaire, le soir de Noël, et son dévoué associé et neveu, père d'un enfant handicapé agonisant.
A eux deux, ils incarnent la laideur, l'avarice, la servilité, la peur.
Tels deux plongeurs en apnée, ils n'hésitent pas à tomber le masque pour reprendre auprès du public quelques forces avant de replonger dans leur histoire.
Une histoire qui vaut le coup d'être évoquée puisqu'elle se termine par un happy end : la rédemption d'un vieil homme détestable. M. Scroodge, en cette nuit singulière, est visité par trois esprits de Noël (celui du passé, du présent
et du futur) qui réveillent sa conscience. Catapulté à travers le temps, il retourne en enfance, croise le fantôme gracieux de sa petite soeur qu'il n'a
pas su sauver, se métamorphose en mouche, témoin d'une misère qu'il ne
veut ni voir ni entendre et découvre son cadavre reposant dans un cercueil. Tour à tour, marionnettistes, mimes, conteurs, les deux acteurs évoquent les moments les plus cruciaux d'une vie peu enviable. Ils en dénouent les noeuds et en font jaillir l'étincelle qui semblait éteinte.
CRITIQUE. Quel théâtre ! Mélodramatique, comique, poétique, tendre, effrayant. Les deux acteurs ne s'enferment jamais dans un registre précis. Avec une énergie contagieuse, ils jouent à tout, avec des marionnettes bouleversantes de beauté, avec des masques grotesques, avec des objets, avec leurs corps, leurs voix, l'espace et la musique. Tels des ambassadeurs d'un théâtre complet et ludique, ils libèrent petits et grands des misères quotidiennes.
Dominique Duthuit
A propos de "Mais pourquoi rentres tu si tard", conférence pédagogique sur l'improvisation
Sur scène, trois comédiens sont assis sur trois chaises alignées.
Sans costume, sans maquillage, sans décor, ils proposent de revivre leurs premiers pas à l'école d'art dramatique. Quand ils avaient honte, quand ils trichaient, quand ils ne savaient pas jouer avec l'autre, ni l'écouter ni lui répondre. A partir d'exercices, ils jouent de fausses situations qui stigmatisent leurs erreurs d'autrefois.
Ce spectacle hilarant et insolite est prétexte à parler du processus de création et des règles collectives indispensables à toute forme de jeu.
Dominique Duthuit
Les Maternelles à propos de "BB Circus"
Une belle première leçon circassienne. Acrobatie, voltige, magie, clown…
au lieu de cultiver la performance physique, le spectaculaire, le strass,les paillettes et les gros moyens, ce cirque-là joue avant tout avec l'imagination,
la fantaisie, la débrouille.
BB Circus est une création de la Fabrique des arts d'à côté, une association d'artistes inventifs et débrouillards qui s'amusent à sortir des sentiers battus pour mieux se rapprocher du public.
Visible à partir de 2 ans, BB circus peut se jouer n'importe où, place de village, salle des fêtes ou de spectacle, cour d'école et j'en passe.
Avec juste une estrade, un mât haut de plus de deux mètres, un vieux vélo bidouillé, deux manipulateurs et une marionnette de chiffon et de pâte à
papier, ils convoquent des émotions aussi diverses que la peur, le rire, la tristesse ou l'émerveillement.
Au départ, les deux manipulateurs, habillés en techniciens de cirque, genre
bleu de travail, sauf qu'il est rouge, déposent un oeuf sur une grande table
qui représente la piste. Sous leurs yeux attendris, ce dernier se brise et un enfant naît. C'est BB Circus, vedette unique et inimitable de ce cirque
miniature : une marionnette craquante, une petite dent de lait, un nez rouge, trois cheveux, une couche et un air ébahi.
Avec vigilance, comme deux mères protectrices, les deux manipulateurs vont aider ce tout jeune artiste à faire ses premiers pas sur la piste…
Après ce spectacle, sûr que les enfants pourront de la même façon,
faire vivre à leurs jouets les numéros les plus spectaculaires, les plus inattendus, comme s'ils les interprétaient eux-mêmes.
Dominique Duthuit

« JEUNE PUBLIC », LA MATURITE REVENDIQUEE
Le théâtre adressé aux enfants est en train de sortir de la condescendance avec laquelle on le considérait autrefois.
Et pour cause : des créateurs exigeants s’y affirment chaque jour davantage. Etat des lieux.….. Le théâtre d’acteurs peut-être prétexte à un renouvellement du jeu et certains réinventent le conte, la pantomime, le burlesque…
C’est le cas de La Fabrique des Arts d’à Côté,
compagnie implantée à Beauvais dont les spectacles, simples et
efficaces, condensés d’énergie et d’humour, transmettent une vraie jubilation théâtrale.
Naly Gérard
Rue du Théâtre
A propos de "Fantine ou le désir coupable"
FANTINE RÉENFANTÉE
Laissez-vous emporter par la grâce de cet apologue tragique qui se joue hors du temps… Fantine, ce nom nous est aussi familier que celui de Cosette, de Monsieur Madeleine ou de Javert mais qui se souvient vraiment d’elle ?
Que représente-t-elle aujourd’hui ? C’est ce que montrent deux comédiens qui par leurs jeux troublants raniment la figure oubliée de cette mater dolorosa. Vous entrerez d’abord dans l’intimité d’une salle feutrée de noir, assis sur des petits bancs, vous ferez face à cette scène autour de laquelle va se mettre en branle l’impitoyable machinerie du destin.
Qui pense encore que la marionnette est un jeu d’enfants ?
Mélanie Depuiset semble jouer à la poupée mais s’efface pour lui insuffler la subtilité des sentiments. Sa Fantine serait fantoche sans la grâce de son maniement délicat. Fantine est un prolongement d’elle-même, portée, accompagnée avec tendresse ; la voix de la comédienne se nimbe de nuances enfantines qui animent une héroïne fragile et vulnérable prête à entrer dans le jeu des manipulations dont elle sera l’infortunée victime. Victime offerte à une société qui broie son lot de miséreux à la demande. Victime des hommes incarnés par le virtuose Jérôme Soufflet qui en revêt tous les masques :
« Je joue tous les personnages masculins tout en restant moi-même, c’est normal, ils me ressemblent : ce sont tous des salauds. » Narrateur, amant, bourreau, patron, client, maquereau, poivrot, menteur, il est sincère mais
« change souvent de sincérité ». Ainsi c’est ironiquement sous les traits de l’arracheur de dents qu’il essaie de dénoncer le mensonge dans lequel l’entretiennent les Thénardier. Peu à peu réduite à ses loques, au dénuement, Fantine devient l’objet d’une méchanceté sans conscience absoute par la résignation dont elle fait preuve. Pantin démembré, jouet impuissant de la fatalité, elle est livrée à la fosse commune, « celle qui ressemble au lit des filles publiques ». Les comédiens tamisent « les lumières du siècle du même nom » pour mieux mettre en lumière l’atemporalité de ce drame de la misère dont on fait aujourd’hui des comédies musicales.
Victime d’une société corruptrice qui se nourrit de la détresse, Fantine est cette allégorie troublante, éternelle, de l’innocence sacrifiée qui s’éteint dans la dignité des humbles et des anonymes.
Bérenice FANTINI
Rue du théâtre
A propos de Rien que pour les filles !
L’OGRE CHARMANT DES FILLES D’A CÔTÉ
Il était une fois, dans un beau royaume, une princesse magnifique qui cherchait un prince tout de suite… Stoooooooooop ! Ah non et non, on n’y est pas du tout là !
C’est la rencontre d’Aurore, princesse recrutée sur casting - elle a fauché la place d’un loup garou qui tente désespérément d’être la star du spectacle-
et de l’ogre Gaspard : nounours bedonnant au cœur tendre, mi-viking,
mi-passoire, il a parfois du mal à suivre la belle et ses histoires.
Tous deux tombent amoureux sur un coup de bouffe ! Ils se plaisent à
engloutir les nourrissons, à transformer les parents en bonbons, à danser
le tango dans le salon. Une vie de rêve où les amants roucoulent, jusqu’à
ce qu’ils soient troublés inopinément par quelques changements surprenants. Ce conte délirant nous est présenté par deux nénettes à couettes complètement allumées qui se plaisent à faire du « trash puppet theatre »
et nous transportent dans les contrées reculées d’un monde renversant…
les codes. Ici les filles sont toutes des princesses et on serait tenté de dire que l’ogre symbolise à lui seul tous les hommes.
Un jeu d’enfant où le grand méchant loup est suicidaire, Cendrillon passe pour folle, on fait du rock n’ roll et on se roule par terre un maximum.
Ça claque, ça rit, ça chante, ça clignote, c’est vivant, et ça n’abrutit pas
les gens. Ces deux pré-pubères hystériques de la Fabrique des Arts… d’à
côté croisent toutes les disciplines - jeu des acteurs, marionnettes, théâtre
d’ombre - pour révolutionner le théâtre jeune public, généralement relégué à l’animation des 6/8 ans. Dans ce mini-cabaret improvisé entre escabeau et lampe guinguette, on se questionne, on fait la fête, et parfois même on rencontre Dieu.
Sous une pluie de confettis, ce spectacle piqué d’humour et de bonne humeur, mêle rêve merveilleux et confidences de filles en soirée pyjama.
Il nous dévoile l’énigmatique dynamique de ce qui peut bien se passer dans leurs têtes quand elles jouent à la poupée toute la journée. Alors embarquez dans votre voiture téléguidée jusqu’à la salle du collège et laissez-vous submerger par ce spectacle sucré salé où tout l’univers du conte est passé
à la moulinette!
Ici l’on vient en famille (voire seul si les enfants font la sieste) pour découvrir une histoire intelligente, pertinente, où sont hachés menus Perrault et Grimm.
Elsa MINGOT
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Un conte pétillant, malicieux et charmant...
Un délice pour les yeux, des clins d'oeil coquins et deux comédiennes qui parviennent à donner vie à deux marionnettes, faites de bric et de broc...
On plonge pour un moment dans l'univers de ces filles déjantées, vêtues de plantureuses robes rouges à froufrous. Mi-femmes mi-gamines, elles prennent cet air de défi propre aux adolescentes, pour nous faire comprendre que, décidément, nous ne sommes pas du même monde.
Et ce faisant, elles nous amènent à écouter l'histoire d'Aurore et Gaspard...
La première est une princesse, le second un monstre à l'appétit d'ogre.
Tout les sépare, et pourtant, ils vont s'aimer passionnément. Classique ? L'interprétation magistrale de nos deux complices en fait un pur régal.
Le léger zozotement d'Aurore, sa cervelle de moineau, ses fesses composées de deux petites passoires et ses seins aux tétons prononcés sont d'incomparables atouts pour séduire un ogre, célibataire endurci de surcroît. Une voix chaude et rocailleuse, des manières rustres et un organe génital avantageux font succomber la belle. On en vient à oublier l'existence de nos deux conteuses, pourtant là, sous nos yeux, en train d'animer les personnages avec tout autant d'adresse que de tendresse. Et lorsqu'elles reprennent le devant de la scène, on est heureux de les retrouver, elles et leur show d'adolescentes pré-pubères, à la fois provocantes et envoûtantes.
Malgré une morale en forme de pied de nez à destination des parents - qu'il
est conseillé de manger - on se demande qui de ceux-ci ou de leur rejetons viennent avec le plus de plaisir.
Coline Léger
L'Est Eclair
édition du 27 mars 2006
Cours’-z’y vite :
week-end de clôture polémique et insolite
Certains parents ont peu apprécié le spectacle présenté samedi soir,
assez éloigné du tout-venant des spectacles pour enfants… et fidèle à l’esprit iconoclaste et avant-gardiste du festival. Week-end de clôture électrique pour
le festival Cours-z’y vite. Un samedi soir déjanté – et discuté – avec Rien que pour les filles et un dimanche après-midi très familial avec l’humour musical de Smoking Chopin.
L’affaire commence samedi soir, 20h30. Près de deux cent personnes se pressent dans le hall de la MPT. Denis Mabire, responsable de la
programmation est impatient et un peu anxieux. Il sait qu’en programmant le spectacle de La Fabrique des Arts… d’à Côté, il a pris un risque. « C’est un spectacle provocateur qui va faire grincer des dents je pense. C’est
précurseur : avec ce spectacle le théâtre pour enfants sort de la condescendance avec laquelle on le considérait autrefois, mais on ne sait
pas si le public et les parents surtout sont prêts » ajoute-t-il avant que le noir se fasse.
« Maintenant vous êtes à nous, on a fermé les portes, vous ne pouvez plus vous échapper. Tremblez, va y avoir du steak ! » Le ton est donné et le public prévenu. Il plonge alors dans l’univers déjanté de ces pétillantes et énergiques demoiselles sans gênes. Comme deux gamines jouant à l’abri des regards et donc totalement libres de leurs paroles et de leurs gestes, elles nous content
« l’histoire vraie de vraie d’Aurore, la princesse et de Gaspard, l’ogre qui s’aimèrent jusqu’au bout et même encore après… »
Parents outrés Cette liberté de ton et de jeu a choqué bon nombre de parents et à la sortie les réactions ont été vives. Certains prennent à partie les organisateurs qui n’ont pu que plaider pour la diversité et relativiser des jugements moraux trop hâtifs selon eux. En effet, pas de quoi fouetter un chat : en cause deux grossièretés bien connues des enfants dès l’école primaire,
et une marionnette d’ogre dotée d’un organe avantageux qui fait succomber
sa belle sur 45 minutes de spectacle ! Spectacle d’ailleurs conseillé à partir
de 7 ans. En outre, les enfants ne semblaient pas dupes et selon Dylan, 8 ans, « ce sont des gens niais qui sont choqués, c’est du théâtre ! »
On relèvera au passage l’interprétation magistrale des deux comédiennes envoûtantes et provocantes, drôles et tendres. Un spectacle simple, efficace et militant. Un plaidoyer pour les respect du jeune public et une maturité revendiquée, le tout avec énergie et humour. Jubilatoire !

FANTINE
« Approchez Messieurs-Dames. Mon assistante et moi-même allons vous
conter un drame, une histoire qui finit mal. » Trois personnages : une marionnette, Fantine, une comédienne manipulatrice et un comédien.
Cette histoire qui finit mal, c’est celle de Fantine, le personnage de Victor Hugo, fille du peuple, pauvre fille, comme il y en a encore plein les rues.
Abandonnée par son amant Tholomyès dont elle a une fille, Cosette, Fantine
est contrainte de confier son enfant aux Thénardier. Afin de leur envoyer les sommes écrasantes qu’ils réclament, Fantine se résout à vendre ses cheveux, ses dents, et finalement son corps.
Jérôme Soufflet, véritable puits d’émotions, incarne à lui seul tous les salauds que Fantine rencontre et qui causent sa perte : Tholomyès, Thénardier, l’écrivain public, l’ivrogne, le client, le macro.
Mais les hommes ne sont pas ses seuls bourreaux. Les femmes, jouées avec talent par Mélanie Depuiset, détruisent la misérable à leur manière, à coup de ragots. Car cette pièce ne fait pas du féminisme primaire, elle dénonce l’acharnement de la société contre les pauvres, et les vulnérables comme l’étaient les femmes au temps de Victor Hugo, et comme elles le sont encore aujourd’hui dans de nombreux coins du monde.
Le choix de la marionnette est pertinent, car elle seule pouvait endurer, sur une scène, l’étendue des sévices subis par Fantine.
Un duo comédiens-marionnette harmonieux et cruel, mais tellement humain.
Julie LE CORRE